La Patience des Oliviers Janvier 2005 C’était dans un restaurant il y a environ un an, un homme d’une cinquantaine d’années ; il n’était pas particulièrement beau et pourtant se dégageait de lui une aura incroyable, une sorte de sagesse naturelle. Il était seul et semblait attendre quelque chose... ou plutôt quelqu’un. C’est cet instant qui m’a motivé à vouloir écrire ce scénario : l’histoire d’un homme qui attend sa femme pendant plus d’un an, malgré ses doutes. Rapidement je me suis rendu compte qu’il fallait un endroit particulier pour cet homme à part. Un lieu créé pour lui. Et aussi quelqu’un pour l’épauler et le bousculer dans ses habitudes... C’est ainsi que sont nés Maurice, l’homme qui attend, Georges, le tenancier et une brasserie sur le bord d’une petite route de campagne : La patience des Oliviers. Georges et Maurice: deux hommes qui se voient tous les jours dans un endroit trop calme pour s’ignorer. Les faire différents l’un de l’autre m’est apparu évident : l’un qui parle sans arrêt et l’autre plus mystérieux, plus renfermé. Tout est là pour créer une rencontre qui semble être le fruit du hasard… Ces deux simples histoires (bof -> histoires simples), aussi importantes l’une que l’autre, se mêlent et se renforcent dans un endroit empreint de poésie, entre réalité et imaginaire. Ce café au bord d’une petite route n’existe-t-il pas pour chacun d’entre nous ? 1 - Une petite route, dans le sud de la France. EXT. JOUR. Le soleil tape. Le long des chemins alternent des rangées d'arbres et des champs de lavande. Au loin, sur une étroite route rocailleuse, un petit café est perdu au milieu de nulle part, face à un champ d’oliviers. Une petite affiche au papier usé sur la porte d’entrée montre un arrêté préfectoral : nous sommes en Août 1944. L’intérieur de la brasserie est décoré avec goût: le sol en tomettes rosées met en valeur le comptoir en bois sur lequel sont posées quelques bouteilles d’alcool. Les deux murs en pierre, adjacents au bar, empêchent un peu la chaleur de rentrer et les petits rideaux aux fenêtres font de l’ombre sur les tables rondes, blanches et dorées. 2 - Dans le café. Int. jour Un petit chat noir rentre dans le café. GEORGES - un homme d’une soixantaine d’années, pas très grand et avec une bonne bedaine - attrape le chat de sa main, énorme et rugueuse, et le caresse dans le sens du poil. GEORGES est un homme généreux et cela se sent dans sa manière de bouger et de parler. Il a un très fort accent avec une voix grave. Son visage est marqué, il a une grosse moustache grise et un large sourire qui lui traverse le visage. Il relève sans arrêt la bretelle de son marcel. GEORGES Comment vas tu ma mignonnette ? Le chat ronronne de plaisir et se met à miauler à la vue du bol de lait que GEORGES lui sert. Après avoir observé le chat laper le bol de lait, GEORGES se remet à nettoyer son café. 3 - LE COMPTOIR DU café. Int.jour GEORGES, à son comptoir, ajoute sur un carnet le prénom « Maurice » en bas d’une page. Il regarde l’heure à sa montre : il est onze heure. Le carillon de la porte tinte. Georges range son carnet dans une boîte en bois et la range dans un tiroir, derrière lui. 4 - Entrée du café. Int.jour Entre un homme âgé, qui a beaucoup de prestance. On sent « le poids de la vie »? sur son visage que la vie n'a pas toujours été rose (bof), cependant il semble empli de sérénité. Son costume blanc cassé en lin et son chapeau de couleur identique (bof) -> « assorti » ? lui donnent un air un peu désuet. Les lunettes posées sur son nez lui rendent l'air un peu sévère dès qu'elles tombent trop bas... Georges (Jovial, comme s’il l’attendait) B’jour m’sieur ! maurice Bonjour. L'homme s'assoit. Il retire son chapeau et lui donne un petit coup dessus. De la poussière s'envole dans les rayons de lumière qui passent à travers les rideaux. GEORGES Qu'est ce que j’vous sers ? MAURICE Je veux bien un café, s'il vous plait. Avec un verre d’eau. L'homme au costume observe la décoration de la brasserie. GEORGES allume le poste de radio puis le sert : un café, un verre d’eau et un sucre et demi. MAURICE sourit de voir la quantité de sucre. Il met le tout dans sa tasse. GEORGES (Qui a vu le sourire de MAURICE.) C’est un coup de chance…Vous voulez quelque chose à manger, p’t-être? MAURICE Non, je vous remercie. GEORGES retourne au nettoyage de sa brasserie alors que l'homme boit son café. 5 - DEVANT LE CAFE. int. jour Le sable de la route est poussé par le vent contre les murs du café. La campagne est silencieuse : on entend jusqu’à la caresse du vent sur la route poussiéreuse et les petits cailloux qui roulent sur celle-ci. 6 - Dans le café. Int. Jour L’homme observe le café et son tenancier. Il sort un tissu blanc brodé, le plie en deux et s’essuie le front. Il le plie une deuxième fois puis le range dans sa poche intérieure. Les heures passent sur le cadran de sa montre. 7 - Dans le café. Int. Jour GEORGES observe l'homme en costume. Il se décide à aller lui parler. GEORGES Euh... Pardon mais, j’vous observe depuis un moment et... vous attendez quelqu'un ? J’peux p’t-être vous aider ? MAURICE (Il manipule nerveusement sa cuillère) Non, je ne crois pas, mais je vous remercie. GEORGES Vous voulez que’que chose à manger ? L'homme réfléchit quelques instants. Il pousse un soupir, comme pour se détendre, et pose sa cuillère. MAURICE Oui, je veux bien, merci. GEORGES Que’ques tranches de foie gras et une salade, ça vous va ? MAURICE Très bien. 8 - Dans le café, au comptoir. Int. Jour GEORGES lui prépare son repas avec / à base d’ des ingrédients qui semblent très frais : le pain croustille, quelques gouttes d’eau perlent sur les feuilles de salade, le foie gras semble fondre sous le poids de la lame du couteau. 9 - dans le cafe. a la table de l’homme. int. jour GEORGES Voilà monsieur ! Ça vous va ? MAURICE (Il regarde l’assiette avec gourmandise.) Très bien ! Combien vous dois-je avec le café ? GEORGES Sept francs, s’il vous plait. Je vous offre le café. L'homme apprécie le geste. Il prend son argent dans sa veste, paye puis commence à manger. 10 - Dans le café. Int. jour -lumiere orangee- GEORGES se prépare à fermer boutique : il rabat les fenêtres du café puis ferme les volets. MAURICE se lève, repose son chapeau sur sa tête et ajuste son costume. MAURICE Au revoir, passez une bonne soirée ! GEORGES lève la tête pour lui répondre mais l’homme est déjà parti: le carillon de la porte tinte et son écho se fait entendre au loin. 11 - dans le cafe. int. jour La montre de GEORGES est posée sur le comptoir, il fait la vaisselle : il est 10h59. GEORGES jette un œil sur l’heure puis regarde la route. 12 - Sur la route du café. Ext. jour L’homme au costume arrive en vélo. Une fois arrivé, il le pose contre le mur de la brasserie (est-ce bien une « brasserie » ?). 13 - Entrée du café. Int. jour GEORGES (Avec bonne humeur) Bonjour Monsieur ! Comment ça va ? Pas trop dur le vélo sous ce soleil ? MAURICE (Toujours aussi réservé) Non… ça va. GEORGES Je vous sers un petit pastaga (pas certain qu’ils disent ça dans « le sud » -> remplacer par « jaune » ou «…en sers un petit », plus insinuatif mais qui veut tout dire au pays des cigales…) pour vous rafraîchir ? Maurice Non merci. GEORGES Un petit café, alors ? MAURICE fait « oui » de la tête. GEORGES allume son poste de radio point virgule ou, mieux, point et Le son des cigales se marie étonnement bien avec la chanson diffusée. 14 - dans le cafe. int. jour Les rayons du soleil balaient lentement le café d’un bout à l’autre virgule marquant le temps qui passe. La lumière semble jouer avec les matières et les formes : des teintes rougies au sol (bof, j’aurais plutôt dit : « …formes, mêlant les teintes rougies du sol au bleu azur… ») à un bleu azur dans les reflets des verres à pied. Le carillon tinte quand l’homme s’en va. 15 - Devant le café. Ext. PETIT MATIN (lumiere bleue) GEORGES ouvre sa brasserie. Il boit ensuite un café dehors, face au soleil qui se lève. 16 - Dans le café. Int. jour (lumiere orangee) MAURICE tourne la cuillère dans sa tasse. GEORGES met un bouquet de fleurs dans un vase. MAURICE sort du café et prend son vélo. 17 - dans le cafe. int. jour (lumiere vive) GEORGES installe des tables en fer forgé devant son café. MAURICE fait un dessin avec le sucre tombé sur la table. 18 - Devant le café. Int. jour (lumiere bleue) MAURICE rentre dans le café. Le carillon tinte. 19 - Dans le café. Int. jour (lumiere vive) Le bouquet de fleurs est fané. GEORGES est à son comptoir, visiblement ? nerveux : il regarde l’homme assis. Perdant patience, il va voir son client. GEORGES (En S’asseyant à côté de l’homme) Bon : il faut qu’on cause ! MAURICE est surpris et recule légèrement le buste. GEORGES (Inquisiteur) Pourquoi est-ce que vous venez depuis deux semaines tous les jours, à la même heure, dans mon café ? Vous attendez quoi ? Le silence de l’homme est long. MAURICE (Un peu nerveux, pas très agréable.) Je n’attends rien. GEORGES (Surpris de la réponse) Hein !? Vous vous fichez de moi ? Je vous vois bien, à regarder votre montre et à soupirer sans cesse... On dirait que le ciel vous est tombé dessus ! Il y a pas un Allemand par ici, il faut se détendre ! MAURICE (Sur la défensive) Se détendre, se détendre, facile à dire… Et puis d’abord de quoi vous vous mêlez ? Je vous ai rien demandé que je sache ? Je suis dans mon coin, je ne vous empêche pas de bosser, alors laissez-moi tranquille un point suffit GEORGES (Un peu énervé par ce comportement) Enfin quand même, il y des gens plus mal placés en ce moment ! A part le sifflement des cigales, on n’est pas dérangé, non ?... Vous venez d’où ? maurice Je viens de Paris. GEORGES fait un signe de la main, comme s’il prouvait qu’il a raison. MAURICE reste silencieux. georges Vous voulez me parler de ce qui vous tracasse la tête ? maurice Non. GEORGES Ah… Vous êtes sûr ? MAURICE (Il répond sèchement.) Je ne changerai pas d’avis… (peut-on vraiment parler d’ « avis » ?) MAURICE (Il fait marque une pause puis reprend plus calmement.) Je suis désolé de m’emporter mais vous avez une cette manie de me regarder du coin de l’œil, j’ai l’impression je me sens d’être surveillé… Et puis je n’ai pas à vous raconter ma vie… D’autant plus que ça n’a rien d’intéressant ! georges Excusez moi…, mais je veux juste vous aider, hein…Vous n’hésitez pas à me dire si vous voulez qu’on parle… ? maurice Oui, mais cela m’étonnerait… georges (Plus détendu.) On sait jamais. Je peux vous demander quelque chose ? maurice Oui... georges Vous prendriez un petit café avec moi ? 20 - Dans le café. Int. jour La décoration du café a changé : GEORGES a remplacé les rideaux aux fenêtres. Dehors, il commence à faire froid. GEORGES et MAURICE discutent en mangeant ensemble. GEORGES (Qui finit son assiette) Et c’est quoi votre travail, à vous ?  MAURICE Avant la guerre, j’étais horloger. GEORGES Ah oui ?! C’est pour ça que vous êtes aussi précis qu’un gendarme... Votre femme doit apprécier ! L’homme fait la moue. GEORGES sent qu’il vient d’être indiscret. Georges Excusez. Mon père m’a toujours dit que j’avais la langue trop pendue... GEORGES est mal à l’aise : il se lève et se dirige vers le fond du café. Au passage il prend le chat qui joue sur le comptoir et le pose au sol. Il décroche ensuite une lourde horloge en métal brossé posée sur le mur. GEORGES (Apportant l’horloge à MAURICE.) Ça fait un bail qu’elle marche plus... J’ai essayé plusieurs fois de la réparer mais rien à faire : elle reste bloquée à quatre heures ! L’homme au costume observe longuement l’appareil. MAURICE Vous avez déjà essayé de la réparer? Pourtant il y a encore la plaque de protection, regardez… georges (Mal à l’aise.) Ah oui… GEORGES fait mine d’ignorer MAURICE. (pourquoi ? est-il gêné ?) GEORGES (Cherchant à se rattraper comme il peut.) Vous voulez un petit truc à boire ? J’ai un petit blanc de derrière les fagots, vous m’en direz des nouvelles… MAURICE (Il répond assez sèchement…) Non -> Merci, je ne bois pas. GEORGES se retourne vers le comptoir et commence à avancer. MAURICE (Conscient du ton sec de sa phrase.) Je pourrais peut-être y jeter un coup d’œil, mais je ne vous garantis rien... GEORGES (Il parle plus doucement au début puis reprend avec sa verve habituelle.) Ah ben c’est gentil, je veux bien... Emportez-la ce soir : vous verrez bien si c’est réparable... L’homme sourit. « esquisse un sourire » ? GEORGES est content GEORGES Excusez moi mais je peux vous demander quelque chose ?  MAURICE (Qui reprend d’un coup son air sérieux) Demandez toujours...  GEORGES Est-ce que je peux vous demander votre nom ? Parce que ça fait un bon moment qu’on se voit et je sais même pas votre nom... MAURICE (Soulagé de la question) Maurice Leguénnec. GEORGES C’est breton ça, Leguénnec ? L’homme fait un signe de tête pour dire oui car il vient d’avaler une bouchée de salade. GEORGES Vous êtes de quel coin ? MAURICE Un petit village près de Saint Malo. GEORGES (Pas vraiment attentif à la réponse de Maurice) Ma femme venait de Brest, alors la Bretagne, je connais ! Tous les ans, on y allait une fois pour voir sa famille. Maintenant qu’elle est plus là, j’ai du mal à y aller tout seul, vous comprenez... La route est longue, et puis moi, dès que je suis loin de mes oliviers j’ai le mal du pays...  GEORGES paraît un peu sombre... Tout à coup un étrange et fort bruit métallique se fait entendre dans le café. MAURICE sursaute. georges (En rigolant) Ah ! Ça, c’est les canalisations ! Dés qu’ y a des écarts de température, elles se gondolent... maurice (Ironique) Vous êtes sûr que le café ne va pas s’effondrer ? georges (En retournant vers son bar) Oui, oui, je suis sûr... Maurice (Hésitant.) …Au fait … Comment vous appelez-vous ? GEORGES (Se retourne vers lui et sourit) Je m’appelle Georges. 21 - dans un champs (jamais de « s » à « champ ») d’oliviers. ext. jour Sur un arbre dans le petit champ d’oliviers, face au café, une olive finit de mûrir. Une fois mûre, elle tombe lentement de la branche. Durant la chute du fruit, le paysage environnant évolue au rythme des saisons. Les fleurs disparaissent peu à peu. Puis les feuilles tombent des arbres. La campagne devient monochrome. Quand l’olive arrive au sol, elle s’enfonce dans la neige. 22 - dans le cafe. int. jour Il neige dehors. GEORGES est en train de faire des peintures de Noël sur les vitres de son café lorsque MAURICE arrive. maurice Je vous ai rapporté votre horloge qui ne fonctionne plus... georges (Intrigué) Mon horloge ?... MAURICE Mais oui, celle que vous m’avez confiée il y a quelques mois… Je crois que c’était juste après la libération de Paris… georges (Il s’arrête de peindre et réfléchit un instant) En Septembre ?... Ah oui ! Je m’en souviens… Et alors ? (bof) maurice (Qui sort l’objet d’une boîte) Je viens de vous le dire : elle ne fonctionne plus… Je l’ai complètement démontée, nettoyée puis remontée et pas le moindre tic-tac ! Je suis vraiment désolé mais je ne peux rien faire de plus ?. MAURICE tend l’horloge à GEORGES qui la prend. georges (Présentant la montre à son poignet.) Oh ! Ce n’est pas très grave.... De toutes façons, j’ai la montre de mon père. GEORGES regarde sa montre. Il est 12h00. Il règle l’horloge à la même heure et la raccroche au mur. maurice Quand même, cela m’aurait fait plaisir de vous rendre service... Tous ces bons petits repas / plats ? que vous nous concoctez et moi qui ne fais pas grand-chose !… MAURICE marque une pause. De toutes façons je pense bientôt repartir, ça ne sert plus à grand chose que je reste… GEORGES s’assoit à côté de MAURICE. georges Comment ça tu vas partir ?… enfin… Vous allez partir ? Vous ne comptez plus revenir ici ? maurice Je ne pense pas, en effet. georges Vous voulez toujours pas m’expliquer, j’imagine ? MAURICE Je crois que je me suis trompé en venant ici. C’était une erreur… georges (Embarrassé.) Ah… C’est vous qui voyez… GEORGES est pensif, MAURICE est songeur. GEORGES a soudain une idée. GEORGES Par contre, vous disiez vouloir me rendre un service… maurice Dites moi ... GEORGES Je voulais vous en parler, mais je ne veux pas vous empêcher de repartir… MAURICE Allez… qu’est ce que je peux faire ? georges Ben voilà : deux fois l’an je dois partir du côté de Carcassonne pour acheter de nouveaux stocks, pour le café. J’achète aussi de la vaisselle neuve, de quoi faire le nettoyage... D’habitude, comme je suis tout seul, je ferme deux jours le café et puis je reviens après pour le rouvrir. MAURICE écoute attentivement. georges (Il s’approche de MAURICE, comme pour lui dire un secret) Mais voilà : j’ai mes deux petits-enfants qui habitent là-bas, et à chaque fois que j’y vais, je peux pas en profiter très longtemps... Vous voyez ce que je veux dire ?... J’aimerais bien me poser un petit peu plus... Profiter de la famille ! maurice (Les yeux grands ouverts.) Vous voulez que je garde le café ? georges En plein dans l’mille ! Vous avez tout compris ! Alors, qu’est ce que vous en dites ? MAURICE reste perplexe. Maurice Mais... si vous fermez plus longtemps – quatre ou cinq jours au lieu de deux – vous ne perdrez pas beaucoup de clients... georges Je sais bien... Mais mon père n’a jamais fermé plus de deux jours, et il me surveille encore de là-haut ! Et puis vous, ça vous donne / laisse ? quelques jours de réflexion ! MAURICE marque une pause et réfléchit. maurice C’est vrai… Une semaine de plus ou de moins, je suis plus à ça près… georges (Avec le sourire, ironique.) Et puis comme je serai pas là quelques jours, ça vous reposera un peu de silence, non ? Du calme toute la journée, ça te / vous ? tente pas ? maurice (Qui sourit) Oh que si ! Mais il va falloir m’expliquer deux ou trois choses avant... Surtout sur cette machine, là… Vous voulez partir bientôt ? georges (Il réfléchit un instant) Dans deux jours ça vous va ? maurice Ça fait tôt, mais si vous me faites confiance... georges Evidemment que je vous fais confiance ! On peut peut-être fêter ça ? Allez ! Je vous offre un petit pastaga (là, ça peut passer, alternance oblige) ! Maurice (Hésitant) Euh, non merci, un café pour moi s’il vous plait... georges Allez, Maurice, pour une fois, juste un petit verre.... C’est pas ça qui vous fera chanter la Marseillaise debout sur la table ! maurice Bon... D’accord, mais un petit alors.... 23 - devant le café. ext. A L’AUBE GEORGES monte dans sa camionnette et démarre avec vacarme. Le chat s’enfuit. georges Je reviens dans cinq jours ! Prenez bien soin de mon café et de ma mignonnette ! Maurice (En montrant une feuille de papier) Ne vous inquiétez pas ! J’ai tout ce qu’il me faut ! Profitez-en bien ! A bientôt ! Une fois la camionnette éloignée, MAURICE rentre dans le café. 24 - dans le café. int. jour MAURICE nettoie le comptoir à la cire comme il a pu voir GEORGES le faire. Il essaye de retrouver les mêmes gestes. Il ouvre un tiroir dans lequel sont rangées des affaires de GEORGES : il en sort une boîte en bois entourée d’un élastique. Il hésite à l’ouvrir... mais il la repose et ferme le tiroir. Il trouve des photos de GEORGES plus jeune sur un camion de pompier : il y est en uniforme, entouré de collègues. MAURICE a l’air étonné de cette découverte. Il range les photos. 25 - dans le cafe. int. jour MAURICE est tout seul. Il est assis à sa table habituelle. Il lève la tête et soupire longuement. Il sort sa montre, regarde l’heure puis se lève pour sortir du café. Il regarde d’un côté, puis de l’autre... Il rentre de nouveau, soupire, puis se décide à ranger par taille les verres posés sur le comptoir... 26 - dans le café. int. jour MAURICE est seul dans le café, derrière le comptoir. Il observe le point de vue habituel de GEORGES. En rentrant dans le café le chat déclenche le carillon de la porte. Maurice (Il essaye de prendre l’accent de Georges) B’jour M’sieur ! Installez vous ! Qu’est ce que j’peux vous servir ?... Il se déplace près de sa table habituelle... Il joue le rôle du barman. Maurice Un café ? Avec un p’tit verre d’eau, p’t-être ? MAURICE se tait tout à coup. Son visage se ferme. Il sort de sa poche une photo où l’on voit un groupe de jeunes devant une fontaine Parisienne. Le regard de MAURICE se porte particulièrement sur un couple, sur le côté... Il la regarde, les yeux tristes. Il ferme les yeux et ses mains viennent cacher son visage. Il entend des voix lointaines dans sa tête (en OFF) : les sons sont étouffés manque un point + paragraphe très cliché… BRUITS DE TIRS -BRUITS DE CRIS MAURICE se lève (il était assis ?). Sa chaise crisse sur le sol. 27 - dans le cafe. int. jour La lumière du soleil inonde le café. MAURICE est au bar. Tout à coup, le carillon sonne. MAURICE lève la tête et voit GEORGES, qui est habillé légèrement. Le soleil irradie la campagne printanière et les cigales chantent à n’en plus pouvoir. Georges Salut patron ! Alors ça marche le commerce ? MAURICE et GEORGES ont l’air contents de se retrouver. Ils se serrent la main chaleureusement en rigolant. maurice Ma foi, ça va ! Toute la famille va bien ? georges Oui... En plus avec la belle saison qui arrive, tout était là pour passer une bonne semaine ! Et toi, tout s’est bien passé ? T’as eu des pèlerins ? maurice (Souriant) Non... Il n’y a jamais personne ici, je te rappelle!! georgeS Ah... Charrie moi ! Tu vas voir, avec le mois d’Août qui commence et cette maudite guerre enfin terminée, on va en voir du parigot ! Allez ! Sers moi un pastaga ! MAURICE s’exécute alors que GEORGES s’asseoit. maurice Tes petits-enfants devaient être contents de te revoir... C’est la troisième fois que tu y vas depuis Janvier, non ? Georges La quatrième fois ! Je sais pas si ça leur fait plaisir mais moi ils me rendent fada : je les adore ! Je te remercie encore mon Maurice... MAURICE lui sourit simplement. Dehors, les canalisations entonnent leur infernal chant d’été... (question : ça ne fait pas plutôt du bruit en hiver, les canalisations ?) 28 - DEVANT le cafe. int. jour GEORGES et MAURICE petit déjeunent sur une table, dehors. MAURICE Dis-moi, pourquoi tu as arrêté d’être pompier si tôt ? georges (Qui essaie de ne pas être trop amer.) Nous avons eu un incendie à la maison, je n’ai rien pu faire… Je n’oublierai jamais son regard. Elle était si étrangement sereine. On aurait dit qu’elle voyait un ange… Je n’ai jamais pu revoir de flammes… un excès de pathos à mon goût ; on est une nouvelle fois à la limite du cliché. MAURICE (Confus.) Excuse moi, je ne savais pas… GEORGES (Qui se lève.) Il y a pas de mal … ça te dit une pétanque ? MAURICE (Il termine son café.) Pourquoi pas… Qu’est ce qu’on joue ? GEORGES Celui qui perd fait la vaisselle… MAURICE (Moqueur.) Alors prépare tes torchons… 29 - Une route de campagne OMBRAGEE. Ext. jour Une voiture noire avance lentement sur la route. Les cigales semblent se taire à son passage. On entend uniquement le bruit du vent dans les feuilles des arbres. 30 - dans le cafe. int. jour MAURICE est au comptoir, il essuie les verres avant de les ranger sur l’étagère. GEORGES termine de balayer. 31 - a la sortie de la route ombragee. ext. jour La voiture noire continue son chemin, puissante. 32 - Dans le café. Int. jour On entend au loin un bruit sourd. GEORGES lève la tête. Il entend le moteur. Il pose son balais et sort devant l’entrée du café. 33 - Sur la route, à quelques centaines de metres du cafe. ext. jour Les roues de la voiture projettent des cailloux. Un nuage de poussière et de fumée s’élève dans le ciel bleu. 34 - devant le cafe. ext. jour GEORGES voit le véhicule arriver en haut de la colline. Il regarde l’heure sur sa montre. Un subtil sourire de contentement se dessine sur son visage. Il est 11h55. Il croise les bras et attend devant son café. 35 - Dans le cafe. int. jour MAURICE entend la voiture. Il pose le dernier verre, va à sa place. Il prend sa veste, posée sur sa chaise, et la met. Il observe ce qui se passe dehors. 36 - devant le cafe. ext. jour La voiture stoppe. Alors que le moteur s’arrête, le nuage de fumée et de poussière qui suivait la voiture est poussé par le vent devant le café. Le soleil embrase l’air et seule la voiture noire se détache de l’air (répétition) lumineux. Le conducteur sort du véhicule. Moustachu et transpirant, il regarde GEORGES dans les yeux, sans un sourire. Il s’essuie le front avant d’ouvrir la porte arrière de l’automobile. Une femme en descend. Sa silhouette se distingue de la chaleur poussiéreuse de la route. Dans son regard se lit de la grâce, de la fatigue et une sérénité absolue... C’est une femme d’une cinquantaine d’années. Elle est habillée d’une robe élégante et d’un chapeau. Sans être excessif, on sent tout le soin qu’elle a mis à se préparer. Elle est très belle. 37 - Dans le café. Int. jour Elle entre dans le café, radieuse. MAURICE est resté là, immobile, il n’a pas loupé une miette de ce qui vient de se passer. Les canalisations à l’extérieur du café font beaucoup de bruit, comme si les battements du cœur de MAURICE étaient audibles. Un sourire ravageur se dessine sur son visage. Il se sent l’âme d’un jeune homme de vingt ans qui doit déclarer sa flamme. Il se lève et avance vers elle qui retire son chapeau. Leurs regards se croisent et suffisent à exprimer toute leur joie de se retrouver enfin (un peu brutalement amené, non ?)… GEORGES, sans voix, les observe depuis l’entrée du café. Il remarque que l’horloge du café (re-répétition) a redémarré. Il est 12h01. La femme (D’une voix très douce et sûre) Bonjour Monsieur – elle lui sourit –... Je ne t’ai pas trop fait patienter ? Maurice (Qui hésite un instant. Il répond calmement) Non, je viens juste d’arriver… MAURICE s’approche de la femme et lui prend le bras tendrement. Il l’embrasse doucement et glisse sa main jusqu’à la sienne. Elle lâche son chapeau et serre MAURICE contre elle. Leurs mains cherchent le contact. Il passe la sienne dans ses cheveux noirs. GEORGES fait semblant de tousser. Maurice tourne la tête vers GEORGES et le regarde avec un sourire amusé. Maurice (S’adressant à sa femme) Je te présente Georges, un ami… Georges, je te présente ma femme : Adélaïde. ADELAIDE et GEORGES se serrent la main. ADELAIDE fait un signe de tête. ADELAIDE Heureuse de vous rencontrer. GEORGES (Tchatcheur.) (Beau parleur) ? Pas autant que moi… georges (Jetant un coup d’œil à la voiture, dehors) Peut-être qu’il ? faut pas que vous tardiez… La voiture vous attend, non ? ADELAIDE a un sourire complice. MAURICE est gêné face à GEORGES. georges (Qui sent le malaise de son ami) Allez ! T’en fais pas ! Il n’y a pas que toi dont je dois m’occuper ! GEORGES le tire vers lui et lui tape gentiment dans le dos… 38 - devant le cafe. ext. jour ADELAIDE et MAURICE montent dans la voiture. MAURICE lance un dernier regard à GEORGES à travers la glace. La voiture démarre et s’éloigne aussi silencieusement qu’elle est arrivée. 39 - dans la voiture, int. jour On voit GEORGES dans le rétroviseur intérieur qui leur fait un signe d’adieu. MAURICE se retourne pour regarder une dernière fois son ami. 40 - devant le cafe. ext. jour GEORGES regarde jusqu’au bout la voiture s’en aller au loin. Il rentre ensuite dans son café. 41 - Dans le café. Int. jour Le chat rentre en même temps que GEORGES. georges (Qui remarque le chat) Nous voilà de nouveau seuls ma belle ! GEORGES entend le tic-tac de l’horloge et regarde dans sa direction. Il sourit en hochant la tête. Il va derrière son comptoir et sort la boite en bois entourée d’un élastique. Il l’ouvre et prend le carnet ainsi que le crayon se trouvant dedans. On voit une page avec une liste de prénoms barrés. Il y barre le prénom « MAURICE ». Il lève la tête, reste quelques instants pensif puis pose son carnet sur le comptoir. Il se sert un verre de pastis. 42 - devant le cafe. ext. jour Le tic-tac de l’horloge se mélange mêle ? doucement aux bruits de la campagne virgule jusqu’à ne plus se faire entendre. FIN