Je suis le seul à vivre ma vie. Et ce n’est ni la moins chiante ni la plus intéressante. Mais elle est là. Alors j’ai bien envie de raconter comment, de ma place, je vois notre petit monde.
J’ai très tôt été sensible à la lumière. Aux ombres. Aux reflets. Aux flaques d’eau, aux nuages, aux arbres. Au mouvement des gens dans la rue. Aux petits gestes qu’on a tous vus des milliers de fois et qu’on remarque un jour autrement.
Il y a là un plaisir très simple. Regarder, puis avoir envie de faire une image. Ou inventer un lieu, attendre de voir qui pourrait y entrer, ce qui pourrait s’y passer.
Parfois, ça commence avec quelqu’un. Un homme seul dans un restaurant, qui semble attendre. Je ne sais rien de lui. Pourtant, de cette présence vont naître deux personnages, une brasserie au bord d’une route, une histoire.
Je reviens souvent à cette question : comment les autres vivent-ils ce que je vois ? Une photographie, un film, un récit peuvent m’en rapprocher. Il reste forcément quelque chose qui m’échappe. C’est aussi ce qui me donne envie de continuer.
Avec le plaisir d’être là vient la colère de voir combien les conditions pour en profiter sont inégales. Je voudrais que ce que je fais ait une place là-dedans : rendre attentif, toucher quelqu’un, provoquer une discussion. Je ne sais jamais à l’avance ce qui passera.
J’ai longtemps attendu que tout soit suffisamment abouti pour le montrer. Aujourd’hui, j’ouvre ce carnet. Certaines pages sont anciennes, d’autres vont changer. Vous pouvez y entrer par une image, rester sur une histoire, être d’accord avec un texte ou avoir envie de lui répondre.
J’ai envie de voir ce qui se passe quand ça sort de chez moi.
